Les Entités Psycho-viscérales

L’un des concepts fondamentaux de la Médecine Chinoise, est la notion d’entités-psycho-viscérales.  Dans la pensée médicale chinoise, le corps et l’esprit sont indissociables et l’harmonie de ces deux composantes repose sur l’état d’équilibre et de santé de l’ensemble du corps et des émotions.  On associe certaines émotions aux principaux organes et viscères et ces entités psycho-viscérales, à la fois psychiques et physiques, prennent soin de l’harmonie du de l’être dans son ensemble selon un système de relations et d’interactions bien défini.

Un déséquilibre des organes peut avoir des répercussions sur les humeurs et processus psychiques, alors que des émotions trop fortes, de trop longue durée ou des chocs émotionnels peuvent entraîner des problèmes ou maladies organiques.  Ainsi, l’adage « un esprit sain dans un corps sain » prend toute sa signification dans le contexte de la médecine chinoise.

On dira que les reins sont le siège de la volonté (Zhi) et la détermination.  C’est l’élément qui permet l’action volontaire et qui donne la capacité de rester concentré sur la réalisation d’un projet, de faire preuve de détermination et d’endurance dans l’effort à fournir pour réaliser un désir. Le Zhi est également le fondement de la libido, et est intimement lié aux désirs.  C’est l’émotion de la peur qui caractérise les reins.

Le foie, lui, est lié au Hun (en fait on compte 3 Hun).  Le Hun forme les bases de la psyché et de l’intelligence.  Il est caractéristique de l’intelligence intuitive et de la curiosité spontanée des enfants.  La force de caractère, la force morale, et la force d’affirmation de nos aspirations sont des caractéristiques du Hun.  On associe la colère et l’agressivité au foie.

On associe le cœur au Shen, qu’on apparente à l’empereur qui gouverne le royaume du corps et harmonise les activités des autres entités psycho-viscérales.  C’est la conscience globale de l’individu et on lui associe la joie.

La rate (et le pancréas) est la demeure du Yi, la pensée ou capacité d’idéation.  C’est l’aspect de l’esprit qui permet d’apprendre et de jongler avec les idées, concepts, langage, etc.  L’aspect psychique qu’on lui attribue est la pensée analytique et la mémorisation (dans le sens d’assimilation d’idées et de concepts).  Si la rate est perturbée, on remarque une pensée confuse, des soucis, des comportements et pensées répétitifs, voire obsessionnels.

On attribue aux poumons, le Po (il y a 7 Po).  Po est souvent traduit par âme corporelle.  Ce sont les Po qui régissent les fonctions innées du corps.  Ils nous donnent le sentiment d’être des êtres distincts, séparés des autres composantes de l’univers.  On associe aux poumons l’émotion de tristesse et de deuil.

Il n’existe pas d’équivalent en médecine occidentale pour les entités psycho-viscérales.  Cependant, on peut facilement faire un lien avec le système nerveux entérique, qu’on appelle aussi le deuxième cerveau.  Le système nerveux entérique (SNE) contient plus de 100 millions de neurones et sécrète au moins 20 neurotransmetteurs, identiques à ceux que l’on trouve dans le cerveau.  Il produit également 70 à 85% des cellules immunitaires de l’organisme et héberge 100 000 milliards de bactéries.  Il forme un tissu réticulaire (organisé en réseau de cellules densément connectées les unes au autres sans autre structure particulière), tout comme le cerveau.  Il est indépendant du système nerveux central mais est en relation avec l’encéphale via le nerf vague.  Les neurotransmetteurs et neuromodulateurs présents dans le cerveau sont également présents dans le SNE et on peut facilement présumer que les changements émotionnels dans le cerveau (qui entraînent la libération de neurotransmetteurs) provoquent des changements dans le SNE, et vice versa. Par sa structure et sa chimie, le SNE est donc un cerveau à part entière, en communication constante avec l’autre cerveau.  Il souffre des mêmes maux et est capable de lui transmettre les siens en générant des émotions. Les recherches prouvent que les neurones du SNE ressentent, véhiculent des messages et communiquent avec la circulation locale, les cellules immunitaires et certains organes comme le pancréas et la vésicule biliaire.

” On commence à réaliser que ceux qui cherchent comment le cerveau détraque l’intestin sont partis dans une mauvaise direction.

Ainsi, on pensait il y a quelques années qu’il existait une personnalité à colite ulcéreuse, que c’était une maladie psycho-somatique. C’est l’inverse. Avoir des trous dans le colon peut rendre anxieux et névrosé.

C’est vrai aussi pour la maladie de Crohn ou l’ulcère peptique. Votre intestin peut vous rendre dingue!  Arrêtez la maladie et vous arrêterez la personnalité”,

nous dit Michael D. Gershon, titulaire de la chaire d’anatomie et de biologie cellulaire de l’Université de Columbia et membre du College of Physicians and Surgeons, également auteur du livre « The Second Brain ».

Nous pensions autrefois que le stress pouvait affecter les organes.  Maintenant, nous constatons ce que les médecins chinois savent depuis plusieurs siècles : les organes peuvent influencer notre état émotionnel.

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